impression soleil levant

Introduction

 

« Impression soleil levant » est une huile sur toile de 48 x 63 cm, peinte par Claude Monet et représentant le port du Havre le 13 novembre 1972 à 7h35*[1] depuis l’hôtel de l’amirauté.  Cette œuvre, peinte par Claude Monet à sa maturité artistique, est actuellement exposée au musée Marmottant Monet à Paris du 18 septembre 2014 au 18 janvier 2015.

 

 

Contexte historique

 

Entre 1850 et 1940, l’Europe, les Etats-Unis et le Japon connaissent une croissance économique très marquée grâce à l’industrialisation de leurs systèmes économiques. Cette croissance accentuée aura pour impact d’accroitre ou de créer des inégalités sociales. Pour pallier l’apparition de ces inégalités, la France va mener de nombreuses actions afin de permettre à la majorité de sa population d’accompagner au mieux sa croissance.

 

C’est une période riche culturellement car elle marque le début de ce que l’on nommera « la culture de masse ». On y verra apparaître la liberté de la presse ou la liberté syndicale, mais également la scolarité obligatoire en cycle primaire afin de réduire les disparités entre les classes sociales.

Tous ces changements permettront au plus grand nombre d’accéder aux domaines de l’art et de la culture.

 

 

Contexte artistique

 

La révolution industrielle accompagnée de l’évolution culturelle du XIXème siècle modifiera très fortement le secteur de la peinture.

 

Désormais l’essentiel des œuvres sont créees par des artistes indépendants. La principale préoccupation de ces artistes indépendants est de trouver des possibilités d’exposition. Ils sollicitent ainsi les marchands d’art et leurs galeries, mais aussi et surtout « Le Salon de Paris ».

 

A partir de 1863, le salon de Paris expose chaque année des centaines d’œuvres sélectionnées par un jury composé de membres de l’académie des beaux arts. En 1863, sur 5000 tableaux, 4000 se verront refusés, ce qui conduisit à la création du « Salon des refusés » (validé par Napoléon III sur les conseils de Viollet-le-Duc). Ce salon symbolisera l’émergence de la modernité en opposition avec le goût officiel et conventionnel de l’époque. C’est le début de la libération de la peinture. Ce salon très controversé à ses débuts survivra grâce à la conviction commune de certains artistes. 

 

Le tableau « Impression, soleil levant » y sera exposé en 1974. Cette année là, le critique d’art Louis Leroy utilisera le nom du tableau pour faire un jeu de mot en titrant son article virulent « L’exposition des impressionnistes ». Le mouvement impressionniste était né. Monet fut ensuite considéré comme le créateur de l’impressionnisme, le plus engagé, le plus constant et le meneur de ce courant artistique.

 

 

Analyse plastique et technique

 

« Impression, soleil levant » est une peinture à l’huile sur toile réalisée en une seule séance par empilement de couches successives sans attendre la sèche des couches précédentes et sans dessin ni esquisse préalable).

Comme pour ses autres tableaux, Claude Monnet a travaillé avec des couleurs pures. Il avait d’ailleurs pour habitude d’affirmer « Je me sers de blanc d’argent, jaune cadmium, vermillon, garance foncé, bleu de cobalt, vert émeraude. Et puis c’est tout ».

 

 

Le tableau est réalisé dans les tons bleus et oranges, affichant ainsi un contraste de couleur chaud / froid par couleurs complémentaires.

On assiste ici à un contraste chromatique pur où la luminosité ne joue aucun rôle. En effet, une photo réalisée en noir et blanc du tableau fera disparaître le soleil et reflets.

 

 

Le tableau présente un équilibre des masses sur une base 1 /3 chaud et 2/3 froid et reprend ce même équilibre par sa présentation horizontale 1/3 de ciel et 2/3 de mer.

 

Claude Monnet va apporter un grand nombre de petites touches de couleurs, laissant ainsi le soin à l’œil de procéder au mélange des couleurs par effet d’optique.

 

 

Le message de l’artiste

 

Ce tableau représente le calme du matin avant l’agitation économique du port d’Anvers.

En observant l’orientation des fumées de cheminées, on devine un légère brise annonçant également le passage du calme à l’activité. On retrouve également ce passage à travers les couleurs froides (sur les parties statiques ou presque) qui évoluent vers les couleurs chaudes (parties en mouvement : fumées et soleil levant) et viennent donner vie à ce paysage endormi.

 

D’autre part, on y retrouve l’évolution économique de cette époque par diverses représentations :

-       le contraste entre les petites embarcations non motorisées et les installations portuaires mettant en valeur la mutation de la société vers un industrialisation,

-       la brume matinale nous rappelle l’arrivée de la machine à vapeur mise au point par James Watt en 1869,

-       les tons gris englobant les machines en arrière plan font référence aux industries des secteurs sidérurgiques, textiles et du charbon,

-       le bras de mer rappelle le percement du canal de Suez en 1869 qui permettra un essor considérable dans le secteur des transports.

 

Ainsi chaque détail du tableau a soigneusement été réalisé afin de représenter au mieux la « mise en activité » vécue par la société à la fin du 20ème siècle.

 

Conclusion

 

Sous l’apparence d’un simple lever de soleil d’un matin d’hiver du nord de la France, Claude Monnet a réussit à nous « peindre » la mutation sociale, culturelle et économique dans laquelle il évolue.

Ce tableau, qui de prime abord pourrait ressembler à la présentation d’un simple paysage, s’avère être en finalité très lourd de sens.



[1] Selon Donald W. Olson, profésseur de physique et d’astronomie. Suite à une analyse de la position du soleil et des marées des années 1972/1973 ainsi que des bulletins météorologies du journal « The Times » et du bulletin international de l’Observatoire de Paris